Bismi-Llāhi r-Raḥmāni r-Raḥīm
Voyons aujourd'hui un nouvel argument fréquemment avancé par certains apologètes chrétiens à l'encontre de l'islam. Selon eux, le Coran aurait repris plusieurs récits issus de la littérature apocryphe chrétienne. Nous avons déjà répondu à cette objection dans notre précédent article consacré au miracle de Jésus parlant au berceau. Nous allons désormais nous intéresser à un autre miracle attribué au prophète Jésus (ʿĪsā, que la paix soit sur lui) : celui de la création des oiseaux.
Les critiques affirment que ce miracle aurait été directement emprunté à un texte chrétien apocryphe datant approximativement du IIᵉ siècle : l'Évangile de l'Enfance selon Thomas. Selon eux, la présence de ce récit dans le Coran constituerait la preuve que celui-ci ne ferait que reproduire une tradition chrétienne déjà existante.
Avant d'examiner cette affirmation, rappelons le passage coranique concerné : [voir note de bas de page] 1
(Coran, Sourate 5, verset 110).
« Et quand Allah dira : "Ô Jésus, fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère [...] Tu fabriquais de l'argile comme une forme d'oiseau par Ma permission ; puis tu soufflais dedans. Alors, par Ma permission, elle devenait oiseau." » .
(Coran, Sourate 3, verset 49).
« [...] "Je façonne pour vous, à partir de l'argile, une forme d'oiseau, puis je souffle dedans et, par la permission d'Allah, cela devient un oiseau." » ]
À partir de ce constat, plusieurs arguments sont généralement avancés.
Premièrement, il est affirmé que le Coran aurait simplement copié le récit apocryphe, voire qu'il s'agirait d'une forme de plagiat.
Deuxièmement, certains chercheurs soutiennent que le récit de l'Évangile de l'Enfance selon Thomas n'avait jamais été considéré comme historique par ses auteurs ni par les premiers chrétiens qui l'utilisaient. Il s'agirait uniquement d'un procédé littéraire destiné à exalter la personne de Jésus dès son enfance, sans prétention historique.
Ces deux affirmations méritent cependant d'être examinées avec davantage de précision.
À mon sens, cette affirmation ne résiste pas à une analyse attentive des deux textes.
Dans l'Évangile de l'Enfance selon Thomas, [Voir note de bas de page] 2 | il est rapporté que Jésus façonna des oiseaux et leur donna vie. Le texte décrit ensuite Jésus commandant à ces oiseaux de voler, de s'arrêter, puis de manger et de boire. Autrement dit, Jésus exerce directement son autorité sur ces créatures selon sa propre volonté.
CHAPITRE XXXVI.
Il avait fait des images d'oiseaux et de passereaux qui volaient lorsqu'il leur enjoignait de voler et qui s'arrêtaient quand il leur disait de s'arrêter, et quand il leur présentait de la boisson et de la nourriture, elles mangeaient et buvaient.
Le Coran présente pourtant ce miracle sous un angle profondément différent.
Il affirme explicitement que Jésus façonne un oiseau d'argile « par la permission d'Allah » et qu'il lui insuffle la vie uniquement par la permission d'Allah.
Cette précision est essentielle.
Dans le récit apocryphe, le miracle sert principalement à manifester la puissance propre de Jésus. Dans le Coran, au contraire, chaque miracle accompli par Jésus est constamment rattaché à la volonté divine. Le miracle n'est jamais présenté comme une preuve de sa divinité, mais comme un signe accordé par Dieu à l'un de Ses prophètes.
Nous sommes donc loin d'une simple reproduction du récit.
Le Coran reprend un thème déjà connu dans son environnement religieux, mais en modifie profondément la portée théologique. Là où le texte apocryphe peut être lu comme une exaltation de la personne de Jésus, le Coran recentre entièrement le miracle sur l'unicité de Dieu et rappelle que toute puissance appartient exclusivement à Allah.
Cette différence est suffisamment fondamentale pour rendre très discutable l'idée selon laquelle il s'agirait d'une simple copie.
Les récits apocryphes étaient-ils réellement considérés comme historiques ?
Le deuxième argument avancé par certains critiques est plus subtil. Selon eux, le problème ne réside pas seulement dans une éventuelle ressemblance entre le Coran et l'Évangile de l'Enfance selon Thomas, mais dans le fait que ce dernier ne serait qu'un récit fictif, composé dans un but essentiellement rhétorique. Les auteurs n'auraient jamais prétendu rapporter des événements historiques ; ils auraient simplement cherché à illustrer, sous une forme littéraire, la grandeur de Jésus dès son enfance.
Cette thèse existe effectivement dans la recherche contemporaine. [Bart D. Ehrman] Toutefois, elle est loin de faire l'unanimité et ne constitue pas la seule lecture possible des sources.
En premier lieu, il convient de rappeler que l'Évangile de l'Enfance selon Thomas est généralement associé aux milieux chrétiens hétérodoxes des premiers siècles. Bien que les spécialistes débattent encore de son contexte exact de rédaction, de nombreux chercheurs ont relevé la présence d'éléments à caractère ésotérique ou gnostique.
En effet, ce texte ne se limite pas au miracle des oiseaux. Il présente également un Jésus enfant doté d'une connaissance extraordinaire, enseignant à ses maîtres des réalités qui les dépassent, révélant des vérités cachées et accomplissant des actes qui s'inscrivent dans une représentation très particulière de sa personne.
Il est vrai que les grands thèmes classiques du gnosticisme — comme le Démiurge ou les Archontes — n'y apparaissent pas. Cependant, plusieurs chercheurs estiment que l'œuvre reflète malgré tout un climat intellectuel proche de certains courants gnostiques ou ésotériques des premiers siècles.
source : [Tony Burke, De Infantia Iesu Evangelium Thomae dans la tradition byzantine]
Pour cette raison, nous ne partageons pas l'idée selon laquelle ce texte n'aurait été qu'un simple exercice littéraire sans prétention historique.
Au contraire, plusieurs indices historiques montrent que certaines communautés chrétiennes accordaient une véritable valeur à ces récits.
Le spécialiste Guillaume Dye, notamment dans les travaux ayant conduit à l'ouvrage Le Coran des historiens, rappelle que différentes Églises orientales ( l’église du Kathisma ) utilisaient des traditions aujourd'hui qualifiées d'apocryphes. Certaines accordaient également une grande importance au Protévangile de Jacques, notamment pour tout ce qui concernait l'enfance de Marie.
Autrement dit, la frontière entre les textes considérés comme faisant autorité et ceux qualifiés aujourd'hui d'« apocryphes » était beaucoup plus complexe qu'on ne l'imagine souvent.
Il serait donc excessif d'affirmer que personne ne croyait à ces récits avant l'apparition de l'islam. L'histoire du christianisme ancien révèle au contraire une grande diversité de traditions, de textes et de croyances.
Il est également important de rappeler que les premiers siècles du christianisme furent marqués par une pluralité doctrinale considérable. Les débats sur la personne de Jésus, sur les Écritures reconnues comme faisant autorité et sur la transmission des traditions étaient nombreux.
Dans ce contexte, les récits aujourd'hui qualifiés d'apocryphes n'étaient pas nécessairement perçus comme de simples œuvres de fiction. Pour certaines communautés, ils constituaient au contraire des traditions dignes d'être transmises et enseignées.
Ainsi, présenter l'ensemble de ces textes comme de simples compositions littéraires auxquelles personne n'aurait jamais accordé de crédit historique revient à simplifier excessivement une réalité beaucoup plus nuancée.
Que signifie réellement le terme « apocryphe » ?
Une objection revient fréquemment : « Ces récits sont apocryphes ; ils ne peuvent donc avoir aucune valeur. »
Cette affirmation paraît évidente à première vue. Pourtant, elle repose souvent sur une confusion concernant le sens même du mot apocryphe.
Dans son usage chrétien, un écrit apocryphe n'est pas nécessairement un texte considéré comme faux ou mensonger. Le terme désigne avant tout un écrit qui n'a pas été retenu dans le canon d'une Église ou d'une tradition chrétienne donnée.
Autrement dit, la notion d'« apocryphe » dépend toujours d'une autorité religieuse qui détermine quels livres sont reconnus comme inspirés et lesquels ne le sont pas.
Or, le christianisme n'a jamais possédé un canon unique faisant l'unanimité à toutes les époques et dans toutes les communautés.
[Voir note de bas de page] 3
À titre d'exemple, Martin Luther a distingué les livres dits deutérocanoniques du reste de l'Ancien Testament. Les Églises catholique et orthodoxes les conservent dans leur canon biblique, tandis que la plupart des traditions protestantes ne les considèrent pas comme pleinement canoniques.
De même, certaines Églises orientales possèdent aujourd'hui encore un canon plus étendu que celui des Églises occidentales. L'Église orthodoxe éthiopienne, par exemple, reconnaît le Livre d'Hénoch, qui ne figure ni dans la Bible catholique ni dans la plupart des Bibles protestantes.
D'autres ouvrages, comme le Psaume 151, le Troisième Livre des Maccabées ou le Quatrième Livre des Maccabées, sont reçus par certaines traditions chrétiennes mais rejetés par d'autres.
Ces exemples montrent que la frontière entre le canonique et l'apocryphe varie selon les Églises.
Dès lors, une question se pose naturellement : à quelle autorité l'islam devrait-il se soumettre ?
Devrait-il adopter les critères de l'Église catholique ? Ceux des Églises orthodoxes ? Ceux des protestants ? Ou encore ceux des différentes communautés chrétiennes des premiers siècles, qui ne partageaient pas toutes les mêmes Écritures ?
La difficulté apparaît donc : il n'existe pas, dans l'histoire du christianisme, une seule autorité unanimement reconnue par tous les croyants de toutes les époques.
C'est précisément pour cette raison que l'argument consistant à dire : « Le Coran cite un texte apocryphe, donc il est faux » ne suffit pas en lui-même.
Encore faudrait-il démontrer pourquoi les critères canoniques élaborés plusieurs siècles après Jésus devraient constituer la norme à laquelle le Coran serait tenu de se conformer.
Du point de vue islamique, cette présupposition n'existe pas.
Le Coran ne reconnaît aucune institution ecclésiastique comme autorité chargée de déterminer quels récits doivent être acceptés ou rejetés. Il dialogue avec les traditions religieuses connues de son époque, qu'elles proviennent des Écritures canoniques, des traditions orales ou d'autres récits largement diffusés parmi les communautés juives et chrétiennes.
La véritable question n'est donc pas de savoir si un récit est aujourd'hui qualifié d'apocryphe, mais de comprendre quel usage le Coran en fait et quel sens théologique il lui donne.
Le christianisme des premiers siècles était loin d'être uniforme
Une autre affirmation souvent avancée consiste à dire que les trois grandes traditions chrétiennes actuelles — le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme — rejettent unanimement les écrits apocryphes évoqués par le Coran. Certains en concluent que cela suffirait à démontrer que le Coran s'appuie sur des traditions dépourvues de toute valeur.
Cette manière de raisonner pose toutefois une difficulté historique.
Les trois grandes confessions chrétiennes actuelles sont le résultat de plusieurs siècles d'évolution doctrinale. Elles ne reflètent pas, à elles seules, toute la diversité du christianisme ancien.
Les premiers siècles de notre ère furent marqués par une grande pluralité de communautés chrétiennes. Toutes ne partageaient pas les mêmes croyances, les mêmes textes ni les mêmes interprétations concernant la personne de Jésus.
Les sources anciennes mentionnent notamment les Ébionites, les Nazaréens, les Marcionites, les Valentiniens, les Basilidiens ainsi que d'autres mouvements aujourd'hui disparus. Chacun possédait parfois ses propres traditions, ses propres écrits et sa propre compréhension des Écritures.
Certaines de ces communautés rejetaient des livres aujourd'hui considérés comme canoniques, tandis que d'autres accordaient une autorité à des textes qui seront ensuite exclus du canon.
Par exemple, plusieurs sources patristiques rapportent que certains groupes judéo-chrétiens n'accordaient pas la même autorité aux lettres de Paul que les communautés proto-orthodoxes. D'autres privilégiaient un Évangile des Hébreux ou d'autres traditions aujourd'hui perdues.
Parallèlement, divers courants que les Pères de l'Église qualifieront plus tard de « gnostiques » utilisaient également leurs propres évangiles et développaient une lecture particulière de la personne du Christ.
Autrement dit, le christianisme ancien ne se résumait pas à une seule tradition homogène. Il s'agissait d'un ensemble de courants parfois très différents, engagés dans d'importants débats théologiques.
Cette diversité est d'ailleurs attestée par les écrits mêmes des Pères de l'Église.
Saint Irénée de Lyon, dans son ouvrage Contre les hérésies, consacre une grande partie de son œuvre à répondre aux doctrines de nombreux groupes qu'il considère comme hétérodoxes. [Voir bas de page] 4 | Si ces réfutations occupent une place aussi importante dans la littérature chrétienne ancienne, c'est précisément parce que ces mouvements existaient réellement et exerçaient une influence significative.C [voir notes de bas de pages] 5
L'existence de ces controverses montre que la question des textes, de leur autorité et de leur interprétation faisait déjà l'objet de débats bien avant la fixation définitive du canon biblique.
Ainsi, lorsque le Coran apparaît au VIIᵉ siècle, il s'inscrit dans un paysage religieux beaucoup plus diversifié qu'on ne le présente parfois aujourd'hui.
Il dialogue avec des communautés variées, qui ne partageaient pas nécessairement les mêmes traditions ni les mêmes récits.
Dans cette perspective, le simple fait qu'un épisode se retrouve dans un écrit aujourd'hui qualifié d'apocryphe ne permet pas, à lui seul, d'expliquer son apparition dans le Coran, ni d'en déduire automatiquement une dépendance littéraire..
L'approche homilétique : le Coran reprend-il un récit ou en transforme-t-il le sens ?
Supposons maintenant, à titre d'hypothèse, que l'on accepte l'idée selon laquelle le récit de l'Évangile de l'Enfance selon Thomas ne serait pas historique, mais relèverait simplement d'un procédé littéraire ou rhétorique.
Même dans cette hypothèse, l'objection adressée au Coran ne serait pas décisive.
Pourquoi ?
Parce que cette critique repose sur un présupposé : celui selon lequel le Coran, en évoquant un récit déjà connu, chercherait nécessairement à confirmer son historicité. Or, cette conclusion ne s'impose pas.
Plusieurs spécialistes du Coran ont proposé une lecture différente.
Le chercheur Guillaume Dye, notamment dans le cadre des travaux ayant conduit à Le Coran des historiens, explique que le Coran réemploie fréquemment des traditions déjà connues de son auditoire. Toutefois, il ne les reprend pas simplement pour les répéter. Il les utilise comme support d'un enseignement nouveau, en leur donnant une portée théologique propre.
[voir la source dans notre article sur le miracle du berceau note de [1] + [2] ] [Cliquez ici]
Autrement dit, le Coran s'inscrit dans un univers culturel où circulent déjà des récits bibliques, parabibliques et apocryphes. Son objectif n'est pas nécessairement de valider chacune de ces traditions dans leur forme d'origine, mais de s'appuyer sur des récits connus afin de transmettre un message religieux.
Cette approche est parfois qualifiée (d'homilétique), c'est-à-dire qu'elle consiste à utiliser des récits familiers à un auditoire pour développer un enseignement théologique.
Or, c'est précisément ce que l'on observe dans le miracle des oiseaux.
L'Évangile de l'Enfance selon Thomas présente un Jésus dont les miracles mettent en avant une puissance qui lui est propre. Le Coran, quant à lui, modifie profondément cette perspective.
À plusieurs reprises, il rappelle que Jésus agit « par la permission d'Allah ».
Cette précision, répétée avec insistance, n'est pas anodine. Elle constitue le cœur même du récit.
Le miracle n'est plus présenté comme la manifestation d'une puissance autonome de Jésus, mais comme un signe accordé par Dieu à l'un de Ses prophètes.
Autrement dit, même si le Coran reprend un thème déjà connu, il en transforme profondément la signification.
L'accent n'est plus mis sur la nature de Jésus, mais sur la souveraineté absolue de Dieu.
Cette manière de procéder n'est d'ailleurs pas propre au récit des oiseaux.
Le Coran dialogue régulièrement avec des traditions déjà connues dans l'Antiquité tardive, qu'elles soient bibliques, juives, chrétiennes ou issues d'autres traditions religieuses. Cependant, il les reformule afin de les intégrer à son propre discours théologique.
Dès lors, l'existence d'un parallèle littéraire entre le Coran et un texte antérieur ne permet pas, à elle seule, de conclure à une dépendance ou à un simple emprunt.
Ce qui importe est la manière dont le récit est réinterprété.
Dans le cas du miracle des oiseaux, la différence théologique entre les deux textes est suffisamment profonde pour montrer que le Coran ne se contente pas de reproduire une tradition existante : il lui confère un sens nouveau, conforme à son propre message sur Dieu, la prophétie et la mission de Jésus.
Une lecture symbolique du miracle : l'interprétation de Muhammad Asad
Au-delà de la question des récits apocryphes, certains exégètes musulmans ont proposé une lecture différente du miracle des oiseaux.
Parmi eux figure Muhammad Asad, auteur de The Message of the Qur'an, l'un des commentaires contemporains les plus connus du Coran.
Commentant les versets relatifs au miracle des oiseaux, [voir note de bas de page] 6 | Asad attire l'attention sur le terme arabe ṭayr (طير). Il rappelle que ce mot désigne certes les oiseaux, mais qu'il possède également, dans l'arabe ancien, un emploi figuré lié au destin, à la fortune ou à la destinée. Il renvoie notamment à plusieurs passages du Coran où ce terme est utilisé dans un sens métaphorique (par exemple : 7:131 ; 17:13 ; 27:47 ; 36:19).
À partir de cette observation linguistique, Muhammad Asad propose une lecture symbolique du passage. Selon lui, Jésus ne décrirait pas nécessairement un miracle matériel consistant à donner vie à des oiseaux d'argile. Le récit pourrait également exprimer, sous une forme imagée, la mission spirituelle du prophète : façonner, avec la permission de Dieu, une destinée nouvelle pour les enfants d'Israël en insufflant dans leurs cœurs une foi vivante.
Que l'on adhère ou non à cette interprétation, elle montre qu'il existe, au sein même de la tradition musulmane, plusieurs manières de comprendre ces versets. Le débat ne porte donc pas uniquement sur l'historicité du miracle, mais également sur la richesse de son sens.
Une lecture spirituelle chez Ibn ʿArabī
Une autre interprétation mérite d'être mentionnée : celle du grand maître soufi Ibn ʿArabī. [Voir note de bas de page] 7
Dans L'Islam des théophanies, il développe une réflexion sur la puissance de l'imagination spirituelle (himma). Selon lui, Jésus ne crée pas à partir du néant, car la création absolue appartient à Dieu seul. Le miracle consiste plutôt en une manifestation rendue possible par la permission divine, où le souffle insufflé par Jésus devient le moyen par lequel Dieu fait apparaître une réalité déjà contenue dans Son ordre créateur.
Cette lecture relève avant tout de la mystique islamique. Elle ne prétend pas établir un fait historique, mais proposer une compréhension spirituelle du miracle.
Elle illustre la diversité des interprétations qui existent dans la tradition musulmane et rappelle que le Coran peut être lu à plusieurs niveaux : littéral, théologique, symbolique et spirituel.
Conclusion
Au terme de cette étude, plusieurs constats peuvent être formulés.
Premièrement, le récit coranique du miracle des oiseaux ne reprend pas simplement celui de l'Évangile de l'Enfance selon Thomas. Même si les deux textes présentent un thème commun, leur signification théologique est profondément différente : dans le Coran, Jésus agit toujours par la permission de Dieu, ce qui exclut toute autonomie divine.
Deuxièmement, la qualification d'un texte comme « apocryphe » ne permet pas, à elle seule, d'en déduire que le Coran serait dans l'erreur. Le christianisme des premiers siècles connaissait une grande diversité de traditions, de communautés et de corpus littéraires, et la notion même de canon s'est construite progressivement.
Troisièmement, même si l'on admettait, à titre d'hypothèse, que le récit apocryphe relève d'une construction littéraire, cela ne constituerait pas une objection décisive contre le Coran. Comme l'ont proposé plusieurs chercheurs, le texte coranique dialogue avec des traditions connues de son auditoire afin de leur donner une portée théologique nouvelle.
Enfin, plusieurs exégètes musulmans, tels que Muhammad Asad ou Ibn ʿArabī, ont montré que ces versets peuvent également être compris selon des lectures symboliques ou spirituelles, ce qui témoigne de la richesse de l'exégèse coranique.
Ainsi, l'argument selon lequel le Coran aurait simplement « copié » un évangile apocryphe apparaît, à la lumière de cette analyse, bien plus complexe qu'il n'y paraît. Les ressemblances littéraires ne suffisent pas, à elles seules, à établir une dépendance textuelle ou à invalider le message propre du Coran. Une étude attentive invite au contraire à distinguer les parallèles narratifs de leur signification théologique.
[1]
[2]
Selon Thomas
[3]
[4] : Saint Irénée concernant les canons bibliques gnostiques ébionites etc
selon st-Lyon
[5] Saint Irénée de Lyon concernant l'influance des Gnostiques et leurs activité forte
St-Lyon
St-Lyon
[6] Muhammad Asad Tafsir 3:49
[7] Tafsir Ibn 'Arabi 3:49
note 151